Réforme des collectivités locales : « une loi électorale purement scandaleuse », pour François Bayrou
Le 3 décembre 2009 dans Actualités • Un commentaireLe Président du Mouvement Démocrate est revenu sur la fin du procès Clearsteam et sur l’état de la Justice en France, sur la réforme des collectivités locales, la législative partielle à Poissy, et les élections régionales. (Lire la suite)
Agnès Soubiran : Bonjour François Bayrou. Merci d’être ce matin sur France Info. Dans l’actualité, on ne peut pas échapper au procès Clearstream : 18 mois d’inéligibilité à l’encontre de Dominique de Villepin, c’est un coup rude pour l’ancien Premier ministre…
François Bayrou : Je ne connais pas cette affaire de l’intérieur évidemment. Elle m’a toujours parue extrêmement mystérieuse, extrêmement embrouillée et me semble-t-il laisse perplexe tous ceux qui ont voulu s’approcher du dossier. Mais vous voyez bien à quel point il y a des déséquilibres. Le président de la République ne peut pas être accusé devant un tribunal, il ne peut pas être appelé à témoigner devant un tribunal, il est garant de l’indépendance de la justice, et il est au sommet de la pyramide hiérarchique dans laquelle sont les magistrats du parquet. Et le président de la République est partie civile dans cette affaire ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que le fléau de la justice n’est pas équitablement équilibré. Ce n’est pas une situation normale pour une démocratie. Le jour où l’on voudra que la France redevienne une république équilibrée, une démocratie qu’on peut regarder avec fierté, il faudra décider de l’indépendance de la justice, il faudra que la justice soit un pouvoir reconnu qui ne soit pas soumis au pouvoir exécutif en place.
Nicolas Sarkozy qui est partie civile dans cette affaire est à mi-mandat. Il a lancé une réforme territoriale, le département et la région restent, mais désormais les élus territoriaux siégeront dans les deux instances. C’était une réforme nécessaire, selon vous ?
En tout cas, comme vous le savez, c’est la réforme que j’ai proposée depuis 2002, parce que je trouve anormal ; et de ce point de vue-là, je partage le jugement du président de la République. Je trouve anormal qu’il y ait deux élus qui gèrent deux institutions, deux collectivités locales, le département et la région et qui soient totalement étrangers l’un à l’autre. Comme si le travail des régions et le travail des départements étaient complètement opaques l’un par rapport à l’autre. Je trouve cela absurde, mais -et le « mais » est d’importance pour moi- il est même la condition de mon vote et de mon soutien : je ne soutiendrais pas une telle réforme, si elle sert en réalité de paravent à l’introduction d’une loi électorale qui visera à n’avoir plus que deux mouvements politiques en France, le PS et l’UMP. Or, on part tout droit, si on n’y fait pas attention, vers un système électoral qui est absolument scandaleux de ce point de vue-là, parce qu’elle fait qu’il ne pourra plus y avoir en réalité -sauf marginalement pour faire semblant- que des élus du système bipartisan, et le système bipartisan est selon moi quelque chose qui nuie a la démocratie, au bout du compte, au pays.
Vous parlez de votre soutien ; le MoDem s’est abstenu de donner des consignes de vote lors de la législative partielle de Poissy ; c’était pour mieux préserver des chances d’alliance ?
C’est une décision qui a été prise parce que le candidat socialiste qui était opposé à David Douillet -que nous avions fait élire à la mairie de Poissy parce que c’était la fusion des deux listes qui avait fait le même nombre de voix qui l’avait fait élire- avait indiqué que grosso modo il ne s’intéressait pas à notre soutien. Je trouve que dans ce cas-là, il est légitime de dire « excusez-nous, mais nous ne sommes pas des distributeurs automatiques de soutien !». Nous sommes une famille politique dans l’échiquier politique français, une famille très importante, très marquée, la famille politique du centre progressiste et démocrate en France. Elle a ses racines au centre ; cette famille politique n’a pas à s’aligner sur quelque domination que ce soit. Nous l’avons refusée à droite, nous ne le ferons pas a gauche. Nous sommes ouverts, nous avons la main tendue, nous sommes prêt a dépasser les frontières. C’est même pour moi tout à fait essentiel, excepté quand on ne nous montre pas tous les signes qu’on souhaite. C’est uniquement un alignement et rien d’autre. Dans ce cas-là, évidemment, nous conservons notre liberté, en particulier à Poissy, que ceci est tout à fait déterminant quand les moments sont cruciaux.
Je reviens sur le fond en une phrase. Il y a deux visions de ce qui se passe en France. Il y a ceux qui croient que ce qui se passe est normal, soit qu’ils s’en réjouissent, soit qu’ils la regrettent. Mais au fond, ils pensent que l’un dans l’autre, ça va. Et il y a ceux qui comme moi pensent, et je suis sûre que beaucoup de ceux qui nous écoutent ont une impression du même ordre. Qu’ils pensent que la situation du pays est très grave, que tous les piliers auxquels nous croyons, et qui faisaient notre pays et son projet et la République -sans vouloir employer de grand mots- que tous ces piliers sont en train de se déliter et de s’effriter. Il y a quelque chose de grave et d’irréversible, qui est partie avec cette occupation de tous les centres de décision par la même équipe, le même cercle, la même proximité de Nicolas Sarkozy. Il y a donc des gens qui trouvent que cette situation s’aggrave, qu’elle ne s’améliore pas hier. Dans « Les Echos », le patron d’Eurocopter -le producteur d’hélicoptères- a annoncé que le cahier des charges était en baisse de 70%. Et les agriculteurs qui nous écoutent dans leur cabine de tracteur, ils voient en ce moment avec désespoir leur situation en train de leur échapper. Et bien tout ceux-là qui pensent que c’est grave, il faut qu’ils acceptent que d’une manière ou d’une autre, un jour, nous aurons à travailler ensemble, et donc cela interdit le sectarisme.
Justement, pour les régionales de mars 2010, les négociations avec les Verts et avec les socialistes ont l’air tout de même assez mal parti ?
Oui, mais il n’y a pas de négociations ; ce n’est pas dans cette esprit là que nous sommes. J’ai dit que nous sommes autonomes, indépendants, que nous sommes dans la situation de ceux qui veulent donner un nouveau projet pour le pays. Mais nous sommes ouverts, nous avons la main tendue en disant qu’il y a, dans certaines régions, des gens qui considèrent qu’on peut gagner mieux sur un projet régional nouveau en associant des forces qui jusqu’à présent étaient séparées.
Pour l’instant, cela n’a pas l’air d’être vraiment le cas ?
Si vous lisez entre les lignes, vous verrez qu’il y a des débats très importants. Il y avait encore ce matin des articles entre ceux qui disent non et ceux qui disent attention, vous êtes sectaires et ça ne peut pas marcher comme ça. Le plus important n’est pas les tractations, c’est la situation dans laquelle la France se trouve. Tous ceux qui comme moi pensent que c’est grave ont le devoir d’une certaine manière de réfléchir à l’avenir ensemble.
Vous avez évoqué à demi-mot l’affaire Jean Sarkozy à la tête de l’EPA ; Marie Bové rentre en politique ; vous n’avez pas un enfant qui va rentrer aussi en politique ?
J’ai beaucoup d’enfants, comme vous le savez, passionnés de politique. Tous. Mais je ne crois pas qu’ils envisageront de rentrer en politique comme vous le dites. Cela me donne un peu envie de sourire ; je n’ai d’ailleurs rien contre Jean Sarkozy non plus. C’est à son père que je fais porter la responsabilité de ce qui se passe. Je voudrais dire que le pays dont je rêve est un pays dans lequel, les enfants qui ne portent pas un nom célèbre aient autant de chance que ceux qui en portent un. Et ceci est très important pour beaucoup de jeunes Français qui ont l’impression que les dés sont pipés, et qu’en réalité selon que vous soyez fils de puissant ou de célébrité, vous n’aurez pas les même chances. Et moi je veux un pays où tous les jeunes aient les mêmes chances.




la cia serait-elle derrière Lahoud dans cette fausse affaire cleartream?
Pour noyer la vraie
et punir la france……………………………….